Boulimie et dépendance

Barbara Schasseur

 

La boulimie est un fléau actuel. Comme toutes ces drogues de tous les jours,  l’alcool, les médicaments, le tabac, le hachisch ou la marijuana, elle tue sans rien briser sauf la personne elle-même. La boulimie n’est jamais une histoire de volonté, mais une dépendance, non pas, comme on pourrait l’imaginer, à la nourriture elle-même mais à un système faisant de la maigreur parfaite l’élixir suprême. Quand, elles osent parler, ces personnes s’acharnent sur l’horreur de la crise souvent suivie de purges violentes et aberrantes, enragent d’être réduites à cette dégradation malgré tous leurs efforts, mais évitent de dévoiler la folie de l’idéal, les mots du tortionnaire qui les poussent à chaque instant à une excellence connue d’elles seules.

Car la boulimie n’est finalement qu’une réaction, une vengeance de l’instinct en quelque sorte mis à mal par l’obsession d’un fantasme caché. Ces moments d’effondrement sont néanmoins une forme de lâcher prise, insupportables de toutes façons, mais un dernier soubresaut de l’âme, ou de l’être, réclamant la vie. La première étape du traitement est d’admettre que la boulimie n’est pas le vrai problème mais vient dénoncer un leurre et réclamer l’inversion de tout un système. Les personnes souffrant de boulimie sont souvent les bonnes élèves, les enfants chéris des professeurs, des maîtres et des psy, elles savent s’adapter et se fondre dans la pensée et le désir de l’autre pour un jour découvrir, face à cette boulimie qui n’en finit plus, une autre désillusion d’elles-mêmes. Le retour vers soi est un chemin difficile puisqu’il est aussi celui d’un deuil, du renoncement à la grande illusion d’un bonheur offert ou construit ou consommé. Se réapproprier cette quête que nous impose la solitude d'un vrai questionnement et redécouvrir le chemin intérieur nous ramenant au projet de l’âme est comme une dépossession mais aussi un adieu. Là au-delà des manques, des fractures psychiques, et des émotions, l’apaisement se révèle par la justesse d’un mot, l’intensité d’un être là face à soi-même et au monde, l’expérience de l’unité intérieure.

La boulimie, n’est pas une histoire de manque, mais l’addiction à une hyper stimulation dérobant l’être de la capacité de se sentir et de dire et finalement d’exister.  Les états modifiés de conscience sont le havre au travers duquel la personne peut retrouver sa vérité à condition de ne pas fuir encore une fois mais oser faire de cette réalité de l’essence un guide pour labourer sa terre et construire sa vie.

 

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