ACTUALITÉ MÉDICALE

Heureux qui comme son voisin
nage dans le bonheur à 1 kilomètre !

 

Le bonheur est l'aspiration fondamentale de l'existence humaine, à tel point que l'OMS le considère de plus en plus comme une composante de la santé. Des travaux ont déjà montré que le bonheur et le bien-être pouvaient être liés à des facteurs socio-économiques et génétiques. D'autres, sur la contagion émotionnelle, ont montré que l'humeur d'une personne pouvait influencer, du moins momentanément, celle des autres. Cependant, nous ne savons que très peu sur le rôle des réseaux sociaux (cercles familiaux et amicaux) dans le bonheur et son éventuelle propagation entre les différents individus composant ces réseaux.

Le bonheur est-il transmissible d'une personne à l'autre et dans quelle mesure ? Question épineuse à laquelle une équipe américaine a tenté de répondre par le biais d'une étude longitudinale menée entre 1983 et 2003 sur la population bien connue de Framingham. Au total, 4 739 sujets ont été suivis et évalués selon des items bien validés.

Des groupes (ou clusters) de personnes « heureuses » (PH) et « malheureuses » (PM) ont ainsi été identifiés. Les auteurs ont alors constaté que le bonheur pouvait se propager jusqu'au 3ème niveau de relation (par exemple, jusqu'aux amis des amis des amis). De même, les PM entourées par beaucoup de PH ont tendance à devenir heureuses dans un futur plus ou moins proche, notamment si elles sont centrales au sein du réseau. De plus, des modèles statistiques longitudinaux suggèrent que les « clusters » de « bonheur » résultent de la propagation du bonheur au sein d'un groupe et non pas du fait que « ceux qui se ressemblent se rassemblent ». Ainsi, si vous avez un ami résidant à moins de 1,6 km et qui accède au bonheur, cela augmente de 25 % la probabilité (RR) que vous deveniez également heureux (IC95 % : 1 % à 57 %). Des effets similaires ont été observés entre époux (RR = 8 % ; IC95 % : 0,2 % et 16 %), fratries habitant à moins de 1,6 km (RR = 14 % ; IC95 : 1 % à 28 %) et entre voisins de paliers (RR = 34 % ; IC95 % : 7 % à 70 %). Malheureusement, ces effets n'ont pas été retrouvés entre collègues de travail ! Enfin, ces effets diminuent avec le temps et l'éloignement géographique, c'est la règle du « loin des yeux, loin du cœur ! ».

Ainsi le bonheur individuel dépendrait-il (en partie ?) du bonheur « des autres », le « bonheur solitaire » n'existant pas ! Ces résultats devaient conforter l'OMS dans sa vision du bonheur, qui comme la santé, doit être considéré comme une entité et un bien collectifs.

Dr Georges Dubois

Fowler JH et al. "Dynamic spread of happiness in a large social network: longitudinal analysis over 20 years in the Framingham Heart Study."
BMJ 2008; 337:a2338, doi: 10.1136/bmj.a2338.
Publié le 4 décembre 2008.